Nourriture vivante pour alevins

Sommaire

Cet article propose un début de réponse à plusieurs situations rencontrées sur divers forums et aux problèmes rencontrés par les aquariophiles pas encore très expérimentés qui se retrouvent brusquement en charge d’une quantité d’alevins totalement inattendus. Une ponte et une éclosion constituent toujours un événement important. C'est attendrissant à l'extrême, mais les premiers jours de vie des alevins tournent parfois au cauchemar: les poissons sont nés dans un aquarium d’ensemble où ils servent de nourriture à tous les monstres prédateurs qu’on regrette à ce moment d'avoir introduits. Ou bien l’aquarium de reproduction a été soigneusement préparé, mais les alevins sont trop petits pour être nourris avec des proies vivantes traditionnellement utilisées. On assiste alors à un déploiement de solutions allant de la plus saugrenue à la plus audacieuse en passant par la plus dangereuse. On ressort le bon vieil Infusyl ou tout autre produit équivalent. On démarre en hâte un élevage d’artémias des salines, mais non maîtrisé et un peu tardif. Souvent d’ailleurs, les alevins ne peuvent pas les ingérer et se contentent de leur sucer les pattes. Chaque jour, un recensement méticuleux montre de façon impitoyable que le nombre des rescapés se réduit et tend vers zéro. Le joli rêve d’alevins grandissant et évoluant vers une vie radieuse d’adultes éclate comme une bulle de savon au contact d’une plume.

Il y a élevage et élevage

Avant d’aller plus loin, essayons de faire la liste des moyens "de fortune" utilisés dans ces moments de panique, mais également les intentions de l'éleveur débutant. Veut-il se contenter de quelques sujets adultes qu'il distribuera aux (rares) collègues aquariophiles de son canton ou espère-t-il sauver le plus possible d'alevins ? Bien peu l'avouent, mais c'est souvent la fierté d'une "reproduction réussie" qui anime n'importe quel débutant. C'est donc dans cette optique que je me placerai tout au long de cet article. Les moyens utilisés devront donc être en rapport avec l'objectif visé. On pourra donc déjà ranger aux rayon des idées reçues les techniques qui ne donneront que quelques alevins, ou au mieux, quelques dizaines d'alevins dont la taille à l'âge adulte n'est pas garantie. La mousse (de Java ou d'ailleurs), grouillant de micro-organismes ne suffira jamais à élever 70 ou 80 alevins d'ovipares, quels qu'ils soient. Un élevage de ces mêmes proies nécessiterait une culture d'algues unicellulaires en grande quantité, dans un milieu bien particulier. Quant aux infusoires obtenus dans quatre malheureuses bouteilles de quatre litres à partir de végétaux en décomposition, ce ne peut être qu'un "petit moyen". Les micro-vers de toutes sortes nécessitent des supports de culture fleurant bien souvent le camembert ayant atteint la maturité. L'élevage des artemias nécessite une pompe et plusieurs incubateurs fonctionnant par roulement: c'est bruyant, il faut de la chaleur, du sel. Bref, imaginons tout cet arsenal dans la chambre d'un étudiant ou d'un jeune vivant chez ses parents. Conflit des générations garanti ! Seuls les heureux enfants d'aquariophiles pour la troisième génération trouveront un peu de compréhension. Pour les autres, ce sera difficile.

Choix des nourritures "premier âge"

Ayant été moi-même débutant, j'ai été également confronté à un autre problème toujours passé sous silence dans la littérature: la quantité de nourriture vivante communément distribuée chaque jour, souvent réduite au minimum "de peur de polluer l'aquarium" ne suffit pas à couvrir les besoins nutritionnels du jeune alevin. Seules des lectures un peu plus professionnelles m'ont permis de comprendre que les meilleures proies vivantes susceptibles d'intéresser l'éleveur amateur sont en fait constituées majoritairement d'eau et de quelques % de protéines. Les artémias, les daphnies, et toutes autres proies aquatiques obéissent à cette funeste règle. Il n'y a donc pas de solution, me dira-t-on ? Si ! Il importe que les alevins baignent constamment dans un nuage de proies, du matin au soir, de façon à compenser la médiocrité de la nourriture par la mise à disposition constante de cette même nourriture. Dans ce but, et nous plaçant toujours dans le cadre d'un élevage amateur, nous allons être obligés de rompre avec certaines "recommandations" qui ne reposent sur rien.

Il sera sans doute inutile de pratiquer cette expérience avec des alevins d'ovovivipares tels que les guppys, platys, mollys, etc... dont les alevins sont de taille à s'attaquer à des nauplii d'artémias ou même à de la nourriture en poudre. Idem pour les alevins de discus qui auront brouté le mucus de leurs parents pendant une dizaine de jours. En revanche, tous les alevins de petite taille tels ceux des anabantidés, "barbus", tétras pourront être alimentés avec ces proies. Il est difficile de dresser ici une liste exhaustive de toutes les espèces: la taille des alevins sera le seul critère sur lequel on se basera pour envisager cette méthode. Comme écrit plus haut, tous ceux qui ne peuvent avaler des nauplii d'artémias dès le stade de la nage libre pourront en bénéficier.

Commençons par le choix de l'aquarium.

L'aquarium d'alevinage

Celui-ci ne devrait pas dépasser une contenance de 50-60 litres, même pour des poissons dont la taille adulte sera importante. Bien évidemment, les paramètres de l'eau seront adaptés à l'espèce reproduite. Il faut bien comprendre qu'un élevage en bac d'ensemble est illusoire. Il m'est arrivé à plusieurs reprises de voir un jour trois ou quatre alevins de Puntius titteya et même de Tétras citrons (Hyphessobrycon pulchripinnis) sortir d'une boule de mousse de Java. Il convient de préciser que celle-ci avait le diamètre respectable de 20 cm au moins. Cette anecdote prouve que le nombre de juvéniles susceptibles d'être obtenus "naturellement" dans un bac d'ensemble est minime. On peut en déduire également que la quantité de nourriture dont peuvent disposer des alevins est soit insuffisante, soit inadaptée. Pourquoi un aquarium si petit ? Tout simplement parce que dans un plus grand bac, il n'est pas certain que la nourriture vivante passe à portée de l'alevin. Celui-ci serait donc contraint à des déplacements qui lui seront coûteux en énergie. Or nous voulons justement éviter cela pour amener notre alevin le plus rapidement possible à un stade où il acceptera des nourritures artificielles, voire à être transféré dans un aquarium plus grand. L'aquarium pourra n'être rempli qu'à moitié, ce qui permettra d'ajouter petit à petit de l'eau neuve, au fur et à mesure que les alevins grandiront.

Cet aquarium sera équipé d'un chauffage, abondamment garni de plantes destinées à épurer le milieu. Un sol n'est pas nécessaire. Il nous faudra surtout utiliser un système de filtration efficace et qui n'aspire pas la plus grande partie de la nourriture vivante distribuée. Ce filtre sera facilement réalisable à peu de frais.

A ceux qui ne manqueront pas de m'objecter que la méthode est risquée sur le plan sanitaire, je réponds par avance que l'aquarium est un milieu vivant et il est difficile d'affirmer que, même après une désinfection totale et soignée, on ne retrouvera pas de germes ou d'animalcules nuisibles dans celui-ci. Je dois l'avouer: ce n'est pas moi qui vais désinfecter le bassin amazonien en saison des reproductions.

Le filtre

Filtre intérieur.jpg

Il sera composé de trois éléments principaux: un bocal, un entonnoir renversé et un diffuseur alimenté par une pompe à air. Le plan sera plus explicite qu'un long discours.

A titre personnel, j'utilisais un bocal de chocolat grand modèle "Benco" (publicité gratuite). Tout autre récipient semblable fera l'affaire. A noter toutefois que le verre casse et que le plastique à tendance à flotter dès qu'on met la pompe en marche. Si on choisit le plastique, je ne recommande pas les matières poreuses à la place du sable: le filtre risque de se promener dans l'aquarium.

Le principe de fonctionnement est simple puisque basé sur celui de l'"air lift". La tourbe pourra éventuellement être utilisée si nécessaire pour l'espèce de poissons à reproduire. Le filtre n'étant pas prévu pour "digérer" de gros déchets, le diffuseur ne devra pas être poussé à fond (prévoir un robinet sur l'arrivée d'air.)

Le dessin ci-dessus n'est donné qu'à titre indicatif et pourra bien sûr être modifié selon la taille et la forme de l'entonnoir et du bocal, voire les goûts personnels de chacun.

La récolte des proies proprement dite

Là encore, la technique sera simple. Du moins plus simple que l'élevage dans un "laboratoire" improvisé par l'amateur, en supposant qu'il ait la place nécessaire pour l'installer. La taille des proies devra être inférieure à celle d'un nauplius d'artémia. En principe donc, cette taille se situera entre 50 µ et 200 µ (environ.) Le matériel de "pêche" sera plus ou moins sophistiqué, selon les matières premières dont on pourra disposer. Disons-le dès maintenant, un tamis acheté auprès d'un fournisseur pour laboratoires est hors de prix. Et nous allons devoir en utiliser deux ! On trouve dans les magasins d'aquariophilie des tamis de différentes "vides de mailles" pour artémias, mais les vides de maille sont mal adaptés (180µ, 300µ, 560µ, 900µ.) Seuls les tamis de 180 et 300 µ pourraient être utiles, pour des alevins de taille assez "grosse" (scalaires, danios.) De plus, ils offrent une surface vraiment minuscule et risquent de se colmater très rapidement. Dommage. J'ai personnellement utilisé de la gaze à bluter la farine, et, comme je suis à peu près certain que nos alevins consomment également des algues unicellulaires, j'ai choisi un tamis de 200 µ et un autre de 30 µ. Le plus difficile actuellement est de se procurer ces gazes à bluter la farine. On pourra donc contourner la difficulté en utilisant du voilage de rideau (environ 300 µ) pour un tamis et un morceau de soie synthétique (doublure de vêtement par exemple) pour l'autre.

Confection des tamis

(Photos à venir)

Je pense que vous l'avez compris: nous allons maintenant à la pêche.

Tout le monde ne peut disposer d'un bassin sur son propre balcon. Les mares autrefois si nombreuses en milieu rural ont disparu, pour des raisons d'hygiène. D'ailleurs, la pollution agricole actuelle rendrait ces mares totalement inutilisables. Il ne nous reste donc que les étangs et autres plans d'eau à prospecter (ne pas oublier le bassin du jardin public de la ville, où s'ébattent des canards et dont l'eau est bien verte en toutes saisons.) Les tamis sont placés l'un sur l'autre. Le plus "gros", au-dessus, retiendra les déchets végétaux et animaux trop gros, tandis que le plus fin retiendra la partie du plancton qui nous intéresse. Avec un récipient quelconque, on puise de l'eau qui est passée au travers des deux tamis. Dans un peu d'eau, on ramène à la maison le produit de la pêche.

Une autre méthode permettra de n'utiliser qu'un seul tamis: le plus fin sera remplacé par une bouteille d'eau dont le fond aura été découpé et le goulot obstrué par un bouchon de soie de perlon fortement tassé (le coton hydrophile est à éviter car il se tassera dès qu'il sera mouillé et il se colmatera aussitôt.) Il est assez rare que les eaux fermées ne contiennent pas ce qui constituera le menu gastronomique de nos alevins. Ces nauplii de daphnies, bosmines, rotifères, vers microscopiques et algues devront être prélevés en quantité suffisante pour une journée de nourriture. Si la pêche est excédentaire, ce n'est pas un problème. Cet excédent ira se cacher et se multiplier dans les plantes. En revanche, il sera impératif de vérifier que la récolte contient bien divers organismes, ce qui est relativement aisé à l'aide d'une lamelle de verre sur laquelle on déposera une goutte de la récolte: on devra y voir à profusion de minuscules grains de poussière nageant en tous sens. La coloration constamment orangée du ventre de nos alevins nous confirmera cet examen visuel, mais, dans ce cas, la distribution du plancton devrait commencer avant la nage libre. Il est difficile d'identifier les composants de ce plancton, tellement il peut être varié et différent d'une région à l'autre. On pourra visiter la galerie des petits monstres peuplant nos eaux douces sur cet excellent site: http://www.microscopies.com/

Si vous êtes l'heureux possesseur d'un élevage de daphnies, vous n'aurez pas à aller loin car ces bestioles sont pratiquement toujours parasitées et utilisées comme moyen de transport par Brachionus rubens ou Brachionus sp.

Les pisciculteurs professionnels utilisent des appareils plus sophistiqués pour cette opération qu'ils mènent de préférence la nuit: un dispositif éclairant attire les proies et une pompe les envoie en continu sur les tamis filtrants. La faim des alevins justifie les moyens.

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